Deux populations historiques à Sakai. Les Horinouchi et les Horinosoto
La distinction entre "Horinouchi" (堀の内) et "Horinosoto" (堀の外) est bien réelle et repose sur l'histoire de la ville. Elle représente un sentiment de fierté et une identité locale très forte qui perdure encore aujourd'hui.
L'origine historique : les douves de Sakai
Comme vous le savez, le mot Sakai (堺) signifie "frontière". Pendant la période de guerre Sengoku (15e-16e siècles), la ville de Sakai était une ville autonome, dirigée par un conseil de marchands riches et puissants. Pour se protéger des seigneurs de guerre, ils ont construit des douves (堀, hori) et des murs tout autour du centre-ville.
Horinouchi (堀の内) : "À l'intérieur des douves". Ce nom désignait les habitants qui vivaient à l'intérieur de cette enceinte fortifiée. Ils étaient les marchands, les artisans et les familles les plus influentes. Ils étaient les garants de l'autonomie et de la prospérité de la ville.
Horinosoto (堀の外) : "À l'extérieur des douves". Ce nom désignait les personnes qui vivaient en dehors de cette zone fortifiée. Il s'agissait souvent de paysans, de travailleurs agricoles ou de nouveaux arrivants qui n'avaient pas le même statut que ceux de l'intérieur.
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| A droite la ville interieure, a gauche la campagne de Sakai |
C'était le canal qui formait la frontière physique la plus importante et la plus intérieure des douves qui protégeaient la ville autonome de Sakai pendant la période Sengoku. C'était la ligne de démarcation entre les habitants du Horinouchi (l'intérieur des douves) et ceux du Horinosoto (l'extérieur des douves).
La Uchigawa n'était pas seulement une défense militaire, mais aussi une frontière symbolique et sociale. Elle délimitait le cœur de la ville, le foyer des marchands et des artisans les plus riches et influents, de la périphérie moins prestigieuse.
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| De la ville a la campagne |
Un héritage culturel qui perdure
Même si les douves ont été en grande partie comblées et que les distinctions sociales ont disparu, ce sentiment d'appartenance persiste dans la mémoire collective. Les habitants des quartiers qui se trouvaient autrefois à l'intérieur des douves (comme le quartier de Sakai-ku) se considèrent toujours, dans une certaine mesure, comme les "vrais" habitants de Sakai, les héritiers directs des marchands qui ont fait la gloire de la ville.
Ce n'est pas une division stricte, mais plutôt une nuance culturelle et une fierté locale. C'est le genre de spécificité que l'on ne peut pas trouver sur les guides touristiques, mais qui est bien ancrée dans l'identité de la ville. C'est un peu comme les rivalités entre quartiers de certaines villes européennes, mais avec une origine historique très précise et propre au Japon.
Le sentiment de supériorité des "Horinouchi"
Les habitants de Sakai se distinguent par une fierté locale particulièrement prononcée, qui se manifeste par un sentiment de supériorité chez les résidents du centre historique, ceux qui vivaient jadis "à l'intérieur des douves" (Horinouchi).
Ce trait de caractère peut être comparé à l'attitude parfois perçue chez certains habitants de Kyoto. Il se caractérise par une certaine froideur et une conscience aiguë de leur héritage, contrastant avec l'approche plus simple et directe des habitants des zones "à l'extérieur des douves" (Horinosoto).
Cette distinction est subtile et échappe généralement aux étrangers et aux visiteurs, même japonais. Elle est le fruit d'une longue immersion et d'une compréhension des nuances culturelles. De manière paradoxale, cette fierté locale se traduit parfois par un manque d'ouverture sur le monde extérieur, avec un intérêt limité pour les cultures ou les cuisines étrangères.
L'identité de Sakai est également marquée par le chauvinisme de ses habitants, qui est souvent résumé par l'expression qu'ils ne "traversent pas le fleuve Yamato" pour se rendre dans la grande métropole d'Osaka.
Cette fierté est le reflet d'un héritage unique : celui d'une ville qui a toujours tracé sa propre voie, indépendamment de ses voisins, et qui, depuis ses origines, a appris à vivre derrière ses propres remparts.

